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Le Club developpez.com - les définitions des taverneux

Date de publication : 31/10/2004

Voici la liste des définitions vues par les taverneux. Ces définitions ont été recueillies sur le forum, dans la taverne.


A
Akrinophore
Anémoème
Astrolalie
C
Callitélie
Chronolalie
E
Egolalie
Erémophile
Eulexe
I
Icomnésie
L
Léthosyncrasie
M
Morphodrame
N
Narcoïde
Nyctoleptique
S
Sémiodrome
T
Thanatotone


A


Akrinophore

L'ombre d'un doute éclaire ma raison ; dans la froideur des certitudes, l'hésitation est messagère. Dans cette pensée vague je trouve le ferme réconfort de l'inconnu, le mystère de l'horizon. L'exotisme intérieur, l'aventure du soi peut enfin débuter. Dans cette quête du doute je ne recherche pas les rivages de l'absolu mais le goût de vivre du peut-être et de l'espoir...

Définition de Erwy


Anémoème

Au temps où Mandragore soignait les pèlerins, au temps où Brocéliande abritait Merlin, les princesses, déjà, faisaient hurler leurs ongles sur l'armure de leur doux sire, Chevalier servant au service d'une autre quête, qui les quittait à l'appel de l'enchanteur.
Délaissée trop longtemps, telle princesse, dont le teint de lys n'était nié, pouvait, au détour d'une clairière, être troublée à la vue de quelque baron errant se baignant au ruisseau. Après quelques jours de prières solitaires, si le désarroi n'était passé, elle pouvait avoir recours au puissant charme de l'anémoème pour exorciser ses démons familiers :

D'abord, courir pieds nus jusqu'au bord de l'onde maudite.
Rechercher l'herbe de magie dont la racine est vouée aux pendus.
Habiller la racine anthropoïde d'élytres de scarabées mordorés, mirage d'armure à l'image de son preux.
Avouer au beau semblant ses pensées les plus troubles.
Confier à l'amulette un peu de soi.
Répandre de l'eau sur le sol dans les cinq directions sacrées, libation païenne mais fervente.
Murmurer sept fois les paroles magiques :

A Nal Nadra'kh
Our'gh Vass Bethed
Dou'kh D'Vel Dijenve

Confier l'anémoème au vent qui se charge alors de distiller l'émoi princier jusqu'en une liqueur délicate, aussi subtile que volatile, dont les mages font des philtres.
On raconte, dans les tavernes obscures, que dans de lointains pays, et peut-être en des temps lointains, des sorciers peu scrupuleux engageaient des escoliers, des lutteurs de foires, voire des clercs en rupture de ban, nul ne se souciait de leur nom ou leurs habits pourvu qu'ils aient belle prestance ; ces pauvres gueux, pour quelques pièces ou un repas de viandes, se faisaient simulacres de nobliau ou de chevalier, se glissaient dans le flot apaisant de quelque ru tordant son cours à l'orée d'une forêt et profitant d'un banc de brume propice pour qu'un soleil naissant éclabousse leur corps emperlé de mille étoiles, ils ourdissaient leur sordide besogne : troubler telle princesse dont le promis cherchait le Graal en d'autres lieux. Ne restait plus au magicien félon qu'à attendre que l'infortunée enfant séduite ne s'en remette à l'anémoème, afin de dérober au vent ce nectar secret aux propriétés exquises, délicates, recherchées.
Cadeau de Sélène caché aux hommes, l'anémoème a ses lois, et ne peut être invoqué plus d'une fois par lunaison par une même princesse.

Définition de pgibone


Astrolalie

Seul à bord de son Vaisseau Fantôme, le Hollandais Volant, adossé au bastingage, confiant en ses batayoles, regarde les derniers reflets d'un soleil pâle jouer sur une mer sans nom, alors, pour rien, pour la seule joie pure des gestes mille et mille fois répétés, il ajuste son sextant, règle l'alidade et vise le soleil finissant. Depuis longtemps il n'utilise plus l'astrolabe, et son armillaire est déréglée, inutilisable ; les éphémérides ont remplacés l'almageste de Ptolémée et son théodolite ignorent les azimuts depuis plusieurs siècles : mille et mille fois il a mesuré les absides solaires, les collures de solstice et d'équinoxe, mille et mille fois il a calculé les marées de syzygie et de quadrature, la position du point vernal et celle du point gamma ; les astres acronyques, ou héliaques ne sont plus des étrangers, le nadir et le zénith sont depuis les lustres et des lustres réunis dans sa hune de misaine et il sait les mystères de la nutation et des révolutions synodiques, des aphélies et du zodiaque. Son destin, il le voit en direction de l'apex morne et infini, fatal, et s'il jette un dernier regard à l'orbe solaire, c'est un regard de complicité, triste. Il n'a pas encore retrouvé cette Pandore à qui il aime déjà tant à répéter : "Il y a des sabliers qui se brisent dans tes yeux".

Définition de pgibone


C


Callitélie

Quand le clown est mort, je n'ai pas ri ; quand le clown est mort, je n'ai pas applaudi ; quand le clown est mort, je ne me suis pas levé ; quand le clown est mort, j'ai eu peur.
Bien sur, je n'ai pas eu peur de la mort du clown, il faut bien que les clowns meurent, pour qu'on se souvienne d'eux ; je n'ai pas eu peur de la mort, je n'ai jamais peur de la mort ; j'ai eu peur de ces gens debout, riant, applaudissant, bruyants et aveugles, de ce troupeau de ténèbres qui ne voyait pas que le clown mourait, qui ne voyait pas le sang mêlé au maquillage, qui ne voyait pas le silence qui doucement l'ensevelissait.
Non, vous ne comprenez pas, je n'ai pas eu peur qu'ils me fassent du mal, comme ils avaient fait du mal au clown, comme ils avaient tué le clown, sans le vouloir, sans le savoir, simplement en étant là, même pas indifférents ; j'avais peur d'eux parce que je suis l'un d'entre eux, ce miroir insupportable qui me renvoyait inlassablement une image odieuse, ce sont eux qui me le tendaient mais cette image c'était la mienne, et cette image me faisait peur. En sortant la tête de mes mains où je cachais ma peur, ma honte et mon dégoût, j'ai bien vu le dernier regard du clown, ce regard qui enfin n'était plus triste, ce regard enfin récompensé par les applaudissements et les rires, j'ai bien vu que le dernier regard du clown était joyeux, j'ai bien vu qu'il n'était pas pour moi ; faut-il penser que cet ultime bonheur a justifié la vie du clown, faut-il penser que cette joie finale a justifié la mort du clown ? Je ne sais pas, probablement même ne veux-je pas savoir, mais pour moi, seul peut-être, ce regard heureux d'un homme qui meurt insultait l'humanité.

Définition de pgibone


Chronolalie

Je voudrais dire une seconde.

Je voudrais dire cette seconde où une note de Miles Davis transfigure la nuit.
Je voudrais dire cette seconde où le soldat ne sait plus ce qu'il fait là.
Je voudrais dire cette seconde où l'indifférent devient un différent et un semblable.
Je voudrais dire cette seconde où un enfant ne sera plus jamais tout à fait un enfant.
Je voudrais dire cette seconde où Mahalia Jackson a cessé de chanter.
Je voudrais dire cette seconde où le jeune homme pâle, avec deux trous rouges au côté droit, s'endort.
Je voudrais dire cette seconde où, à force de regarder le tableau, tu as vu l'artiste, tu t'es vu.
Je voudrais dire cette seconde où un sourire volé dans la rue devient une maison.
Je voudrais dire cette seconde où on referme un livre, comme un miroir.
Je voudrais dire cette seconde où le fil de ton destin s'est brisé sous les doigts d'un chirurgien.
Je voudrais dire cette seconde où le comédien dit quelque chose, à toi.
Je voudrais dire cette seconde où tu sais que plus un seul regard ne te fera mal.
Je voudrais dire cette seconde où j'ai su que je t'avais trahie.
Je voudrais dire cette seconde où un mur tombe entre deux conceptions, entre deux êtres, entre deux peuples.
Je voudrais dire cette seconde où un cristal de neige devient goutte d'eau.
Je voudrais dire cette seconde où tu as compris que tu ne serais plus jamais seul.
Je voudrais dire cette seconde où le petit Jean Sébastien a décidé de prendre l'option musique.
Je voudrais dire cette seconde où André Breton a vu Nadja
Je voudrais dire cette seconde ou Vermeer n'a pas peint l'aiguille de sa dentellière.

Je voudrais dire une seconde.
Mais je ne sais pas.

Définition de pgibone


E


Egolalie

Cette torpeur tant désirée se dissipe, ma peur approche et me saisit, il est trop tard. Soudain espoir et euphorie me frappent, me broient, me brûlent et nulle raison ne peut s'y opposer. Bientôt ils me laisseront vide et brisé, bientôt ma pensée ne sera plus que chaos, bientôt encore la souffrance sera tentatrice, elle qui peut ancrer mon esprit dans ma chair, elle que je finis par plus désirer que craindre. Je ne peux que fuir, en moi, dans mes ténèbres, dans ce désespoir qui me semble si doux, salvateur. Je plonge solitaire dans mes flots ténébreux, glacés qui obscurcissent ma conscience, l'apaisent.
Là, soutenu par l'orgueil, nourri par la colère, un repos, enfin, m'est dévolu.

Définition de Erwy


Erémophile

C'est une erreur commune de croire qu'à l'instar des anges, des sirènes et des aurores boréales, les érémophiles sont des êtres mythiques dépourvus de toute substantialité ; ceci est inexact, et on peut facilement se persuader de la réalité des érémophiles : dès que le froid s'installe le long des quais d'un quelconque canal perdu, promenez-vous à l'une de ces heures futiles où la nuit dessine d'autres mondes à l'aide de subtils reflets glacés, il n'est pas rare de voir un érémophile dansant sous la lune, bien sur il faut un peu de chance, un peu de froid, un peu de distance.

Ils sont faciles à reconnaître : ils ont la grâce du verre filé, la légèreté d'une bulle de savon et ils se déplacent silencieux comme la douleur triste qui est peinte sur leur visage de faïence. Si après plusieurs essais vous n'avez pas réussi à apercevoir un érémophile, maquillez-vous de blanc de céruse, dessinez une larme bleue sur votre joue gauche, mettez des vêtements blancs trop grands pour vous, et, lorsque l'heure sera venue, cette heure si fragile et si précise où le jour réclame son dû, allez danser seul dans la neige en prenant bien garde de n'en déplacer le moindre cristal. Il ne vous restera plus qu'à chercher votre reflet dans le canal immobilisé. Une larme cristallisée tenue dans la main droite est réputée assurer le succès du charme.
Je vous en prie, ne vous adressez pas aux érémophiles et surtout n'en photographiez jamais, ce n'est pas son image, mais sa substance même qui serait transférée sur la pellicule.

Définition de pgibone


Eulexe

Longtemps, bien longtemps avant que le temps ne soit compté, au royaume de Sémiotie, Métaphoriste V, souverain légitime mais fainéant, de deux peuples gouvernait les destinés, de deux villes gardait les murs, de deux puissances modérait les ardeurs. A l'Occident, Adynaton l'Orgueilleuse abrite les Hyperboléens sous la férule ferme, autoritaire voire dictatoriale du général Kakemphaton ; à l'Orient, dominé par le clergé, les Ellipsistes se blottissent autour des foyers de Paralipse la Pure où Mère Marie Litote de l'Enallage, dans l'ombre de l'Infant et avec l'aide de Zeugma le prêcheur silencieux, régente jusqu'au quotidien.
Or donc il advint que notre noble souverain trouva trop pesant le fardeau ancestral qui écrasait sa stature pourtant puissante tout en nuisant fortement à sa démarche, et décida de laver sa dynastie de l'opprobre sur elle déversée par son aïeul Hypalage 1er dit l'Anacoluthe de la Thébaïde, qui perdit le Mot Juste donnant ainsi naissance au schisme de la Rhétore qui sépara un même peuple en deux fois opposées : l'Ellipse et l'Hyperbole.
Ainsi fit-il.
Dans le plus grand secret Méta V (comme l'appelait son épouse Hypotypose fille de Polyptope, mariage pour raison d'état, certes, mais finalement heureux) convoqua Kakemphaton et son état-major, Mère Marie Litote et ses trois novices en état de grâce malgré leur poids. Il leur tint à peu près ce langage : "Votre ramage s'ampoulant ou se desséchant plus vite que votre plumage, nous avons décidé de faire rechercher le Mot Juste par notre proche cousin, aujourd'hui en exil, Johnny l'Oxymore !". Frappés de stupeur à l'énoncé de ce nom honni, les Ellipsistes se signèrent et formèrent des "Oh !" réprobateurs qu'encore ils ne prononcèrent pas. Les Hyperboléens, de leur coté, s'agitaient en tous sens en poussant de petits cris acérés en lacérant leurs hardes, Kakemphaton, lui, psalmodiait une litanie aux rauques sonorités de mélopée alchimique :

Que meurent la Nuit Noire et les sombres Corbeaux
Que meurent les ténèbres obscures et l'ébène opaque
Que seuls nous restent le Jais et la mélancolie

tout en croisant les doigts derrière son dos pour conjurer la malédiction de Saint Pléonaste d'Antanaclase. Soudain le silence éclata et dans l'obscure clarté restituée sur le sol par l'ouverture d'une porte dérobée le matin même à un ami, sans doute, Johnny s'avança, il n'y eut pas une épouse, pas une novice qui ne retint son souffle, au risque de se dévoilée. Le martèlement régulier des hautes bottes de cuir du héros sombre découpait le temps en secondes interminables, il ne s'arrêta que devant le Monarque assis et prononça ces simples mots : "Je suis parti". S'ensuivit une série d'aventures brutales et banales où notre conquérant, malgré de nombreuses blessures, terrassa quelques vilains Gobelins (Diaphore (Combattant trop lourd qui jouait autant sur sa masse qu'avec sa masse d'arme), Athoïs (va-t-en-guerre impétueux, belligérant sanguinaire, antagoniste vigoureux, ardent rival, guerrier violent, adversaire intrépide, ennemi farouche, bouillant combattant, belliciste impitoyable, militaire offensif, troubade fougueux, soldat téméraire, assaillant sans peur, jouteur indomptable, prompt agresseur, lutteur barbare, cruel assassin) et Polysyndète ( adversaire désagréable et poilu et violent et méchant et cruel et obscène et répugnant et débauché et dégouttant et mort)), noya d'horribles Dragons (Tmèse (mort au champ d'horreurs, si peu pastoraux et que l'on dit d'honneur), Hendyadin (Hardi fils de l'Orient défait après bien des combats au terme desquels il forçat l'estime et ses adversaires) et Parachrèse (Grand guerrier Gallois qui gravât sa gloire sur le granit des gonfalons en gagnant la guérilla contre les grenades et les glaives des glauques gueux en guenilles de Gondor)) dans leur propre sang, creva les yeux de maints Gnomes (Bathos (guerrier robuste, vigoureux, viril, puissant, résistant, infatigable, rusé, lâche), Hyperbate (Le combat dura tout le jour avec acharnement et courage, dix fois la fatigue prit le dessus, cent fois la victoire sourit à l'un puis à l'autre, mille fois les épées se croisèrent, dix mille fois les regards se heurtèrent, l'estime mêlée à la haine mais sans peur, et toute la nuit suivante) et Syllepse (l'éducation militaire, mieux il montait à cheval et à l'assaut, et plus vite il montait en grade, qu'il reçut dès sa plus tendre enfance n'en fit pourtant ni un tendre ni un enfant)), et toutes ces sortes de choses que font habituellement les héros et qui laissent de virils souvenirs sur leur visage assuré. Arrivé au terme de sa quête, Johnny gravit les flans aigus du Symploque, Mont maudit plongé dans l'ombre, Mont Sacré où règnent les ombres. Là, dans une anfractuosité mal déguisée en grotte, Alexe, le Mutique Mutant Mutin, origine mythique de tant d'hypothèse, attendait ; il protégeait encore dans la mort un coffret en bois de santal entre ses mains sans chair. Dans l'éclair lent d'une pensée mal maîtrisée, l'Oxymore comprit que le vieil Anacoluthe n'avait pas égaré le mot juste, mais l'avait confié à un fidèle gardien pour que mauvais usage jamais n'en fut fait. N'étant pas moraliste Johnny s'empara du coffret sans même prendre le temps de férir un coup.
Comme il se doit dans les aventures de héros, le retour anaclitique ne prit que quelques heures pendant lesquelles il ne se passa rien du tout.
Trois ans jour pour jour après son départ, au cours d'une cérémonie fastueuse plus que rituelle, Johnny l'Oxymore présenta devant la cour et les hauts dignitaires du Royaume le coffret contenant le Mot Juste et le remit à Synchorèse, le Grand Prêtre de la Rhétore qui l'ouvrit et proposa à tous son contenu : "Eulexe" (voir ce mot), ce qui plongea l'assistance entière dans un abyme de réflexion !

Définition de pgibone


I


Icomnésie

Vingt-trois, vingt-trois marches, c'était le nombre exact de marches qui séparaient le premier étage où résidait M. Marcel du rez-de-chaussée, ces vingt-trois marches M. Marcel les comptait à chaque fois, qu'il montât où qu'il descendît, toujours ce même compte : vingt-trois ; pourtant M. Marcel avait remarqué très vite que le palier du premier étage et qui constituait la 23ième marche quand il les gravissait, n'était même pas compté dans le sens de la descente, il eut beau décider que le palier serait la zéroième marche dans le sens de la descente et que le sol serait la zéroième dans le sens de la montée, il ne fut vraiment satisfait que lorsque qu'il énonça le Principe de Marcel : le monde est constitué d'escaliers, uniquement d'escaliers, des escaliers qui descendent et des escaliers qui montent, et puis des escaliers plats, des escaliers avec seulement une marche, mais différent des trottoirs qui pourtant sont aussi des escaliers à une marche (nouvelle preuve de la théorie de M. Marcel), la marche des trottoirs est la marche N° 1, pour les escaliers plats la marche est la N° 0 ! Monsieur Marcel était l'inventeur de la marche N° 0, il fut très fier de cette invention jusqu'à ce qu'il lui vint à l'esprit un contre-exemple de ce monde unifié qu'il venait de créer : les terrains en pente, mais ce dernier bastion qui résistait encore au monde des escaliers fut aussi vaincu : les terrains en pente ne sont que des escaliers avec des marches minuscules, mais en très grand nombre, peut être même en nombre infini.

Oh, M. Marcel n'était ni un imbécile, ni un paranoïaque courbant le monde à sa vision, non il se faisait sourire avec cette idée, c'est d'ailleurs bien la seule chose qui le fit sourire, et encore à condition d'être seul dans son escalier, pendant qu'il comptait les marches de 0 à 23 dans un sens comme dans l'autre !

Il passerait le reste de la journée à travailler et le reste de la soirée à s'ennuyer, à moins que trop seul, il décide de sortir en catimini, pour s'offrir une nouvelle volée de vingt-trois marches dans un sens, puis dans l'autre, un plaisir pas bien grand, mais secret. Si on dérangeait M. Marcel pendant ce petit rituel, sa journée, ou sa nuit en était gâchée.

Qui aurait songé, le connaissant que M. Marcel avait de telles idées dans la tête, M. Marcel était employé aux écritures, et pour ceux qui travaillaient avec lui, il était bien incapable de la moindre originalité. M. Marcel arrivait tous les matins au bureau à 8h25, s'asseyait à sa place et ne se levait qu'à des moments précis de la journée, pour déjeuner, ou rentrer chez lui, la vie de M Marcel était si bien réglée, que certains de ses collègues mettaient leur montre à l'heure, se fondant sur l'activité de M. Marcel.

Pourtant, un jour, un matin pour être plus précis, M. Marcel compta vingt-trois marches, mais son pied gauche se posa sur la marche suivante, la 24ième ; impossible se dit M. Marcel, surpris ; « j'ai dû me tromper dans mon compte », il était près à remonter pour vérifier, mais non, c'était inutile M. Marcel ne pouvait pas se tromper en comptant les marches. Quelle était donc cette 24ième marche, le chemin vers le monde infernal ? Le mystère se confirma encore quand le pied droit de M. Marcel se posa sur la 25ième marche, puis ses pieds se précipitèrent, 26ième, 27ième,… M. Marcel perdit rapidement le compte des marches, des vingt-trois marches de son escalier qui n'étaient plus vingt-trois.

On trouva M. Marcel mort, d'une crise cardiaque, sur le parquet du rez-de-chaussée, son visage exprimait une peur indicible, une frayeur sans borne que jamais l'on élucida.

A son bureau, vers 8h30 certains sourirent en ne voyant pas M. Marcel, mais les sourires firent rapidement place à l'incrédulité, puis à une certaine angoisse teintée de fatalisme, à 9h tout le monde sut qu'une chose épouvantable et dérisoire avait due se produire. La secrétaire de M. Antoine, chef de bureau, appela la concierge qui confirma l'inéluctable : M. Marcel qui n'avait été que poussière était retourné à la poussière. La mort d'un être si transparent bouleversa plus les habitudes que les cœurs, mais vers 10h, la voix inconnue d'un représentant de passage sortit tout le monde de sa torpeur quotidienne : « Là » fébrila-t-elle assortie d'un fort accent étranger, évocateur de steppes immenses battues pas des vents sans fin ! « Là », c'était le grand miroir vénitien qui agrandit le bureau, et reste le témoignage discret du temps où ces pièces abritaient d'autres fastes que comptables, du temps où les maîtres verriers avaient pour sujet de réflexions Comtesses et Marquises, révérences et musiciens masqués. Et « Là », dans ce miroir trop fier, on pouvait voir M. Marcel qui, comme chaque jour faisait et refaisait ces mêmes gestes inutiles qui lui prêtaient un semblant de vie. « Là » sous les yeux hagards, embarrassés mais pas réellement convaincus des collègues de M. Marcel, un miroir ne réfléchissait pas, il se souvenait !

Définition de pgibone


L


Léthosyncrasie

Cérémonie rituelle sans doute d'origine gaélique : sur une lande de brouillard plus propice à Hécate qu'à MacBeth, et dans un silence de méditation, des soldats bleus et sans armes avancent lentement vers des marais humides et gris, ils ont le regard las de ceux qui n'ont plus de combat et les mains vides de ceux qui n'ont pas combattu ; à leur démarche sans hésitation et à leur visage sans haine et sans passion, on devine que ces soldats de pastel ne sont pas des militaires, et, si il y a une guerre quelque part, elle est lointaine et ne les concerne plus qu'à peine ; ils font la paix avec le monde, et le prix de leur sacrifice est dérisoire : leur vie, seulement. Mais ne les plaignez pas, car ils ne vous demandent rien ces soldats de silence, rien que votre silence, ne les regardez que sans insistance et ne troublez pas leur marche, ce qu'ils font n'est pas pour nous ; mais je voudrais pourtant qu'au souvenir des écharpes de brumes qui dessinent ces armées qui s'enterrent en silence, Jacques Brel se sente un peu moins seul.

Définition de pgibone


M


Morphodrame

Je ne suis pas comédien, je suis Othello, Iago ou même Desdémone, quand le vent, filé comme du verre, qui nous vient de Venise est chargé de remugles de conspiration ou de soupirs ; je suis Hamlet, ou Laërte ou même Ophélie, quand le vent, froid comme le Danemark, qui nous vient d'Elseneur est chargé de relents de fratricide, de fantômes ou de folie ; je suis Macbeth, ou Banquo ou même Hécate, quand le vent, sorti des bouches des sorcières, qui nous vient de Inverness est chargé des exhalaisons funestes d'un régicide et nous annonce la mort du sommeil.
Je ne suis pas comédien, je suis celui que je joue, je suis ce que je joue, tout ce que je joue, mais qui, acteur, saltimbanque ou notable, qui peut dire sans vergogne qu'il est autre chose que ce qu'il joue ? Mais nous, que l'on dit comédiens, avons ce privilège exorbitant, nous racontons à l'oreille des idiots, des histoires pleines de bruits et de fureurs et ne signifiant rien, croient-ils, car à l'image de la vie, croient-ils !

Je suis le théâtre et je suis son double.

Je suis ce spectateur que ses jambes trahissent quand les morts d'Hamlet se relèvent et saluent, ce spectateur qui ne comprend pas pourquoi il y a du bruit autour de lui et non le silence que l'on attend dans les cryptes.

Je suis le théâtre et je suis son double.

Je suis l'ouvreuse qui, voyant pour la millième fois Othello lever son couteau, pleure pour la millième fois : le Maure n'accordera pas même le temps d'une prière à celle qu'il aime.

Je suis le théâtre et je suis son double.

Je suis le fantôme qui rassure Hamlet et terrifie Macbeth, je suis la folie que l'un simule et que l'autre entretient, je suis la compagne, la pauvre petite chandelle qui vacille et qui s'éteint.

Je suis le théâtre et je suis son double.

Je suis un filet de brume que personne ne voit, mais qui vous parle d'une lande désertée par des combats déjà lointains. Je suis une coupe, même pas remplie d'eau mais plus mortelle pour les reines que les reproches d'un fils. Je suis ce poignard invisible qui guide les pas d'un assassin, aveuglé de l'ambition d'une autre.

Je suis le théâtre et je suis son double.

Définition de pgibone


N


Narcoïde

Désigne ces heures étranges de la nuit où les gens semblent disponibles, ces heures, refuge du bizarre où des Philip Marlowe de banlieue, accoudés au coin d'un bar, font tinter des glaçons sans grâce contre les bords douteux de leur verre mal rempli d'un mauvais whisky qui se réchauffe trop vite. Ces heures dissimulées au commun, où les privés qui se prennent pour des détectives allument une cigarette au fond du clandé où s'est réfugiée quelque capiteuse qui pourrait achever leur fatigue. Ces heures, "avec tout ce qu'elles ont, à distance de fatales", où la pluie ricoche sur un feutre usé avant de glisser sur un imperméable mastic, vieux et sale, et où, les yeux lavés malgré la fureur de la ville, Humphrey Bogart (ou vous, ou moi) jette sa cigarette d'un geste décidé, vérifie le bon fonctionnement de son automatique, traverse la rue déserte balayée par le crachin et le vent, pénètre dans une sombre ruelle à l'abri de la lumière des hommes, pousse une porte qui devrait grincer, et dans la petite chambre sordide qui sent le vieux tabac et les draps trop anciens, il (ou vous, ou moi) aperçoit une chaise et un lit, sur la chaise une cuillère, une seringue et un garrot accusent le temps ; debout, la main posée sur son dossier, Lauren Bacall (ou vous, ou moi) dans un tailleur pied de poule trop serré, lève son beau visage fatigué vers le détective, dans ses yeux on peut lire comme une supplique et dans sa lèvre qui tremble, il y a des heures mortes et des promesses jamais tenues ; sur le lit, des couvertures sales et ce frère qui fut un fauve, et qui, comme Victor Mature (ou vous, ou moi), le teint have et les yeux caves fixe la porte, abattu, perdu. Alors Bogey (ou vous, ou moi) repart, les poings enfoncés jusqu'à les déformer, dans les poches de son imperméable, le chapeau sur les yeux, et il (ou vous, ou je) donne un coup de pied négligent dans un mégot de cigare qui roule du trottoir et qu'on trouvera au matin, éteint ; un presgurvic, quel gâchis ! La pluie ne peut plus que fermer les yeux de ce jour pas encore né.

Définition de pgibone


Nyctoleptique

Brouillard, tonnerre et éclairs font vivre de sombres présages sur la lande embrumée. L'heure est étrange, grise, amère et sans relief. Quand il suit les coups de tonnerre, le silence est profond comme le bruit de la mer au large, et rythmé comme une mélopée funéraire.

Entre Hécate suivie de trois sorcières :

1ère sorcière Commandées par Forces Infernales étreignons sang de truie et graisse de gibet, mêlons Vie et Mort.
2ème sorcière Brouille et bouille le chaudron pour que meure l'amitié, pour que se sépare l'inséparable.
3ème sorcière Que jamais ne finisse le tohu-bohu, le combat gagné-perdu, que meure le double-joueur et son double.

Héméros et Nyctos s'approchent, éblouissants, éclatants sur leurs chevaux à la morgue insolente ; la brume joue sur la sueur de leurs visages insouciants et sur les escarboucles de leurs armures. Ils sont irréfutables, jeunes et intensément là.

1ère sorcière Nyctos, pour qu'en ton domaine Sélène vive ses plus brûlantes et brillantes heures, tu lutteras et tu mourras.
2ème sorcière Héméros. pour que la chevelure de Sélène en tes doigts s'épanouissent en mille parfums, tu lutteras et tu mourras.
3ème sorcière Pour l'amour d'une vierge froide inlassablement vous lutterez, et quotidiennement vous mourrez.
Arrive Sélène à la chevelure d'argent ; sous le doigt d'Hécate, elle danse autour du feu où bout la décoction. Marionnette indifférente ou désabusée elle est étrangère à elle-même et au monde ; son sourire est joyeux et sa danse gracieuse, elle paraît absente sans pour autant être ailleurs.
Alors, ayant perdu le sourire, l'insouciance et la jeunesse, dans le fracas terrifiant d'un silence inattendu, les deux superbes héros entamèrent ce combat somptueux qui nous enchaîne ; premier assaut, première esquive, première feinte, et ce fut la première aube.

Hécate sort en portant Nyctos dans ses bras, elle lui caresse le visage et lui murmure des serments définitifs en riant.
Les trois sorcières recueillent le sang frais qui souille les épées abandonnées, sans doute pour en tirer quelque philtre propre à faire oublier les déchirures du cycle infernal des jours et de nuits.
Héméros pleure.
Sélène danse.

Définition de pgibone


S


Sémiodrome

Mais que croyez-vous donc, parleurs dédaigneux, écrivains besogneux, que ces pauvres mots, que vous injuriez en les utilisant, sont nés achevés au hasard d'un dictionnaire, déjà momifiés, presque morts ?
Quelle folie, ou quelle insondable suffisance vous permet de penser qu'il suffit d'aligner quelques lettres les unes derrière les autres pour donner naissance à un mot ? On n'obtient ainsi que quelques sons ne raisonnant que de leur propre vacuité.
Non, pour que les mots naissent et croissent, il faut la moiteur d'une forêt tropicale, l'odeur d'un crépuscule du matin après la pluie, la complicité d'un sabot de vénus : alors, parfois, les mots naissent de l'indispensable battement d'aile d'un papillon (Monarque ou Sphinx) qui ne modifie pas le climat, du regard étonné d'un ara, du tremblement de la poussière soulevé par la course d'un orignal ; les mots naissent du reflet de la lune dans un ruisseau fatigué, d'une toile d'araignée que la rosée ennobli, d'un soleil empourpré de sa propre mort ; les mots naissent du chant d'une cascade arrêtée, de l'éclat métallique des écailles d'un piranha délaissant une proie trop facile, du scintillement d'une étoile que personne ne regarde. Ces mots sauvages, nés du hasard, portent leur sens comme une oriflamme, en avant d'eux même et qui les guide.
Trop rares, trop sauvages, jamais apprivoisés, ces mots sont rétifs aux usages vulgaires, alors, dans des laboratoires de philologie, pour la plupart clandestins, des savants fous, apprentis sorciers ou charlatans, fabriquent des mots de synthèse, oh, bien sur, ces tâcherons d'officines vérifient la compatibilité étymologique, l'euphonie comparée, la stabilité sémio-analytique, la disponibilité des accents toniques (éventuellement variables), la fiabilité des facteurs d'autocorrection, la résistance aux chocs verbaux (et verbeux), la permanence des fonctions nationales (même sous les coups d'une prononciation défectueuse) ; mais une fois ces tests terminés, le nouveau mot n'est encore qu'un écrin vide, une enveloppe dénuée de sens, à l'image de la comédie humaine : ne signifiant rien.
Ignominie suprême, le sens est accordé à ces pauvres mots à l'issue d'une course ! Les laborantins insomniaques qui nous affligent en nous infligeant de tels mots sont-ils d'une incompétence abyssale ou ont-ils un humour pervers et perverti ? Je ne sais pas, mais comment expliquer autrement ces sémiodromes, pistes de courses à l'usage des mots à l'issue desquelles le premier arrivé se voit attribuer un sens complexe, intéressant, captivant, ensorcelant ou simplement charmant, parfois même avec un sens propre et un sens figuré, alors que le dernier ne se voit allouer que de quelques brimborions de significations, acceptions futiles ou contenus frivoles et vains.
Sans évoquer trop longtemps des erreurs patentes, on ne peut que regretter que la délicieuse aristoloche (http://perso.club-internet.fr/jdevos/Htm_flore/Aristoloche%20arrondie%202%20450.htm) ait hérité d'un patronyme aussi grotesque, et que dire de la pauvre parturiente dont le nom n'évoque en rien la beauté, l'instant magique.
Vous l'avez compris, il serait vain de vouloir comparer les mots sauvages à ces mots de laboratoires, à ces fruits de serres dont on se sert sans enthousiasme. Combien de mots sans grâce, sans élégance, combien de « granulométrie », d'« apparoir », de « marcescible » nés en éprouvette, doit-on supporter pour un « crépuscule », un « maravédis » ou une « sarbacane » ?

Définition de pgibone


T


Thanatotone

Définition 1 Lorsqu'ils en eurent décousu de taille et d'estoc
Lorsqu'après bruissante et ferraillante bataille
Le fol et son seigneur trouvaient enfin le repos
Du royaume des morts où séjournent leurs frères
Leur remonte en une pressante prière
Le Thanatotone, ce chant silencieux
Qui unit également vainqueurs et vaincus

Définition de pgibone

Définition 2 Une viole se prépare, une corde se tend, un archet glisse, le vieil homme joue.
J'écoute une main, un archet, un esprit ; je regarde une flamme dispenser ses ombres, ses fantômes sur des murs solitaires, le chœur ainsi au complet. Cette musique, je la vois s'élever douce et pleine, apaisant la nuit, appel aux morts : leurs chants se mêlent, s'entremêlent autour du vieil homme, caressant sa peau, faisant vibrer son âme, et bientôt, bientôt, à cette musique se joignent les souvenirs, les rêves et les espoirs..
Ainsi l'obscurité se pare-t-elle des silences des songes, des voix des morts et du cri des vivants, le thanatone

Définition de Erwy



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